L’absence de la photographie dans les réflexions de Merleau-Ponty

 

Les travaux de Maurice Merleau-Ponty posent sur le problème de la perception de la vision, mais il paradoxal de travailler sur la perception en convoquant un philosophe moderne et de ne pas parler de la photographie qui est un des piliers de l’art visuel dans le monde actuel. Merleau-Ponty se prêtera plutôt aux formes de l’art, surtout la peinture (Cézanne surtout), pour mettre en dialogue les arts, la peinture en particulier et notre monde. Il a également écrit sur le cinéma et la littérature. La photographie est la plupart du temps absente des œuvres de Maurice Merleau-Ponty; il aborde la photographie juste pour l’opposer à la peinture, la forme d’art qui ouvre un chemin vers le monde existant selon lui. La photographie est bannie pour sa qualité de reproduction mécanique; elle voit le monde en ignorant la relation vivante de l’homme à ce monde.

La raison de cette méditation peut se trouver dans la perception de ces arts par Merleau-Ponty, par exemple la musique est un fait temporel et ne peut pas être une représentation naïve de la réalité. La peinture est formée de couleurs, de perspective et de forme; elle consiste en une exploration du monde et non plus en une imitation parfaite de celui-ci. La littérature, quant à elle, peut exprimer à travers les mots une perception de ce monde ; et enfin, le cinéma possède une dimension temporelle qui mène à exprimer le mouvement propre au monde de la vie grace à la reproduction des mouvements.

La photographie, contrairement aux formes d’art citées, n’a aucun aspect de tout cela, la photographie échappant au temps, ayant été produite par un processus mécanique et non d’un regard vivant. Elle nous mène à une vision qui survolerait le monde aux lieux de les habiter et ne pourrait prendre part à la réalité.

Merleau-Ponty décrit ce qu’on appelle la pensée du survol. Cela consiste en une forme de pensée que l’homme est soit face au monde soit condition de possibilité du monde et en même temps il n’appartient jamais réellement au monde et ne fait partie du monde. La photographie serait donc la forme artistique de cette « pensée de survol ».

Cette prise de position par rapport à la photographie nous laisse dans cette lecture des pensées d’un grand philosophe.  On dirait que l’analyse de Merleau-Ponty comme celle de Barthes ou de Sontag (par rapport à la photographie) est prisonnière d’une époque peinant à accorder le statut d’œuvre d’art à la photographie.